L’Europe ne peut se limiter à panser les plaies de ses propres politiques néolibérales - Marie Arena
Caterpillar, Microsoft, Volvo, IKEA, Starbucks,... sont devenues maîtres en exonération fiscale et ingénierie sociale et elles licencient à tour de bras. Pour lutter contre ces pratiques L’Europe doit se doter de politiques plus sociales, imposer des standards sociaux et environnementaux à ses partenaires économiques, et lutter contre le dumping fiscal.
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L’Europe ne peut se limiter à panser les plaies de ses propres politiques néolibérales

Les milliers d’emplois perdus -ou plutôt sacrifiés- en à peine quelques jours en Belgique, ont plongé les politiques, les citoyens et les syndicats dans la colère et l’incompréhension. Caterpillar, AXA, IBM… Les annonces successives de restructuration massive ont évidemment été brutales pour les travailleurs, frappés malgré les nombreux efforts de qualification et de flexibilité qu’ils ont consentis.

Après le choc, il est tentant de chercher les responsabilités et de pointer du doigt en ultime recours les manquements de l’Europe, catalyseur de tous les maux sociaux et économiques. L’attitude arrogante de multinationales comme Caterpillar, qui délocalisent et licencient à tour de bras tout en distribuant de plantureux dividendes à ses actionnaires, révèle effectivement les travers et défaillances des politiques européennes néolibérales.

Depuis dix ans, le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) , créé pour soutenir la reconversion de travailleurs touchés par l’ouverture des marchés et le dumping social qui en découle, est le témoin des dérives de ce capitalisme obstinément libre-échangiste prôné par la droite. En soi, et sans l’en excuser, Caterpillar ne fait qu’imiter d’autres grandes multinationales, nullement responsabilisées vis-à-vis de leurs travailleurs, de manière générale et sans foi ni loi, dans leur quête de maximisation des marges bénéficiaires.

Souvenons-nous des 470 travailleurs licenciés par Volvo Trucks en Suède, des 2.035 travailleurs laissés sur le carreau par Microsoft en Finlande, des 424 autres licenciés par Lufthansa Technik en Irlande, des 2.881 emplois sacrifiés par Opel en Allemagne, ou des 5.111 travailleurs licenciés par Ford Genk… Sans oublier IKEA, Starbucks, Apple,… qui exonèrent de leurs contributions fiscales grâce à l’exil dans les paradis fiscaux.

La liste est longue mais le constat reste le même : les grands groupes multinationaux construisent des stratégies de délocalisation, bénéficient des avantages apportés par l’Europe et les États, planquent leurs bénéfices dans les paradis fiscaux, et ensuite, pour certains, tirent un trait sur des milliers d’emplois européens dès que leurs résultats vacillent sous le poids de mauvaises stratégies commerciales internes et du spectre de la surproduction.

Le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation, dont l’utilité fait l’unanimité, s’est transformé en chambre de soins palliatifs pour les emplois industriels européens ! L’Europe ne peut et ne doit surtout pas se contenter de panser les plaies creusées par des multinationales profitant des effets pervers de la politique commerciale défendue par la Commission européenne.

Les adeptes du néolibéralisme doivent sortir la tête du sable et tirer les leçons de l’échec flagrant de l’ouverture inconditionnelle des marchés européens. Il est temps de suspendre cette fuite en avant du libre-échange économique, menée à grands coups de CETA, TTIP, etc., pour prendre enfin le temps de cibler toute l’attention sur les travailleurs et la pérennité de l’emploi industriel en Europe.

La survie et le développement des industries européennes dépendront de la mise en place d’une politique commerciale misant sur l’investissement dans la recherche et le développement (R&D), la valorisation de son outil et sa main d’œuvre industriels comme pôle d’attraction, la lutte efficace contre le dumping social et fiscal, et une responsabilisation des entreprises internationales clairement balisée dans les traités commerciaux.

Le cas Caterpillar aura eu pour seul mérite de rappeler l’urgence de limiter les effets négatifs de cette inévitable globalisation. La création d’un fonds d’anticipation européen, destiné à prévoir en amont l’impact sur les « perdants potentiels » secteur par secteur et région par région de tout nouvel accord commercial et ainsi prendre de manière anticipée des mesures pour amortir les conséquences de la globalisation, est un outil que les décideurs européens auraient tort de dédaigner.

 

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